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ESS Historique / 1980 / Willy Rotzler

En symbiose avec la sculpture

La pléthore d’images reproduites dans les journaux et magazines, au cinéma et à la télévision a émoussé notre penchant pour des œuvres sculptées et notre envie de nous en approcher. La présence effective d’une sculpture indispose nombre de contemporains. On est rétif à l’idée qu’une œuvre d’art plastique, une représentation dans l’espace d’une forme en trois dimensions, ne se borne pas à apparaître sous un seul aspect qu’on ne peut saisir que depuis un point fixe. Toute œuvre sculptée a plusieurs aspects qui se confondent et qui n’apparaissent de façon inattendue que lorsqu’on tourne autour d’elle. Un autre état d’esprit voit dans chaque sculpture une « chose » concrète, tangible, qui, par son identité formelle, la nature de sa surface, les propriétés de sa matière - à la différence de la peinture - ne s’offre pleinement qu’au toucher, à notre main qui la palpe - attitude souvent interdite en pratique. En s’appuyant sur cet état de choses qui enserre la sculpture, nous essayons dans une introduction audiovisuelle de donner aux visiteurs de l’exposition quelques éclaircissements sur la sculpture contemporaine, sur tout ce qu’elle peut être.

En commençant par les débuts de la sculpture moderne autour de 1900, nous soulignons les changements intervenus dans le style et la forme, l’éloignement du canon figuratif attribué à l’être humain en favorisant diverses techniques d’abstraction. Nous montrons comment, au fil des décennies, au sein de l’art organique et de l’art géométrique « concret » qui renonce à toute forme de figuration, les représentations imaginées par un artiste prennent une forme plastique. Nous montrons surtout que ces nouvelles possibilités d’acte créateur ne sont pas un appauvrissement, mais au contraire un enrichissement du langage plastique, car ce n’est qu’en renonçant à reproduire des motifs empruntés au monde réel visible que le sculpteur a été en mesure de se pencher sur les problèmes de forme et de les visualiser sans les filtrer. En même temps, l’intérêt pour les particularités spécifiques des matières utilisées en sculpture – bois, pierre, béton, bronze, fer, matière synthétique etc. – et pour les techniques adéquates de façonnage a pris de l’importance. Ces derniers temps, nombre d’œuvres sculptées sont devenues le support de messages à caractère physiologique, psychologique, sociopolitique, voire écologique. En d’autres termes, une œuvre sculptée peut inciter à la réflexion.

L’Exposition Suisse de Sculpture de cette année montre, avec plus d’éloquence que ne l’ont fait les expositions précédentes, l’étendue du spectre des possibilités que les sculpteurs ont aujourd’hui et des messages qu’ils véhiculent et souligne le fait que la notion de sculpture s’est récemment élargie. Notre « école des visiteurs » ne prétend pas montrer l’ensemble des tendances actuelles, car le « pluralisme » des conceptions en matière de sculpture est bien trop vaste. Il nous importe de donner des précisions élémentaires mettant en lumière ce qui sous-tend les œuvres exposées, les contextes dans lesquels elles s’inscrivent et ce qu’on peut attendre d’elles en matière d’éclaircissement. En fin de compte, comme tout art, les sculptures exposées ont aussi la vocation de nous aider à définir précisément notre propre situation dans ce monde.


Willy Rotzler



Traduction allemand – français  © Giselle Kellerhals