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ESS Historique / 1980 / Ziegler/Tschumi: Introduction

Introduction


Cinq années se sont écoulées depuis la dernière exposition suisse de sculpture (ESS) à Bienne en 1975. Entretemps le nombre des expositions d'art en Suisse et à l'étranger a encore augmenté. Il nous semble parfois que l'on peut parler de signes inflationnistes: les efforts toujours plus grands entrepris par les exposants pour rendre l'art toujours plus attractif et prêt à la consommation conduisent parfois à des expositions - shows purement spectaculaires.

Quelle peut être la fonction de l'ESS dans le cadre de cette situation nouvelle? L'ESS ne peut rester une manifestation unique en Suisse que si elle reste fidèle à sa tradition et aux principes de son fondateur Marcel Joray, si elle garde pour but de permettre aux artistes de se manifester complètement, si elle garde ouvert le cadre de cette exposition ainsi que les critères d'admission.

La tâche la plus importante de l'ESS reste sans doute d'offrir aux artistes une plate-forme et un forum qui leur permettent de montrer à un large public leurs œuvres les plus récentes, même de grande dimension. La preuve que l'ESS remplit ce but est apportée par le simple fait que près de la moitié des artistes exposants ont réalisé des œuvres complètement nouvelles à l'intention spéciale de notre manifestation.

Cette exposition est pour beaucoup d'artistes l'occasion de présenter de nouveaux développements de leur œuvre, elle est pour d'autres la première rencontre avec un grand public. Elle représente en fait pour tous les artistes un lieu privilégié dans lequel ils peuvent voir leurs propres œuvres dans un cadre étranger en confrontation avec celles d'un grand nombre de leurs collègues.

L'exposition suisse de sculpture représente à nouveau pour le public suisse et étranger l'occasion de s'informer complètement sur la sculpture suisse des derniers cinq ans. Elle fait une coupe à travers tous les styles, tous les genres, tous les âges, toutes les régions. Elle permet d'admirer les nouvelles œuvres d'artistes connus et de découvrir de nouveau sculpteurs encore inconnus.

C'est dans ce but que le jury a été composé de quatre artistes de tendances, d'âges et de régions différentes, qui, avec les deux directeurs artistiques, ont choisi les œuvres qui leur ont paru les plus intéressantes et les plus représentatives. Les envois provenaient d'environ 300 artistes qui ont proposé plus de 1000 œuvres. Aucun artiste n'a été invité directement. Le jury a choisi 171 œuvres de 120 sculpteurs. Il est persuadé que son choix correspond à la somme des œuvres de qualité représentant les tendances les plus diverses en Suisse. Il est évident que le choix fut difficile et parfois cruel. Les artistes non retenus ne manquaient pas tous de qualités, ils auront leur chance une prochaine fois.
 
Environ un tiers cas œuvres présentées sont de dimensions particulièrement importantes, voire monumentales. La plupart de ces grandes sculptures ne purent être réalisées que grâce à l'aide concrète de l'Exposition et sur la base de projets présentés par les artistes. La tendance très marquée vers les grandes dimensions dans la sculpture suisse - et internationale d'ailleurs - contraste avec le mouvement vers l'intimisme qui se dessine dans la peinture.

Il nous semble intéressant de constater par rapport aux dernières expositions que la sculpture en bois et en pierre est en pleine renaissance, alors que l'emploi des matières synthétiques se fait plus rare. On peut remarquer également que plusieurs réalisations et projets proposent un emploi plus marqué d'éléments naturels tels que les arbres, l'eau, l'air ou nous confrontent directement avec des problèmes d'environnement.

Nous tenons à attirer l'attention du lecteur sur une nouveauté importante de l'exposition. Cette année, au Strandboden, au bord du lac, le long d'une promenade animée, est inaugurée une place pour des expositions permanentes de sculpture. Chaque année un artiste se présentera au public avec un certain nombre de ses œuvres. La première exposition, qui est un des volets de l'exposition suisse de sculpture 1980, sera dédiée à une petite rétrospective des travaux en pierre du sculpteur récemment décédé Hans Aeschbacher.

En complément et en élargissement de l'exposition suisse de sculpture, la Société des Beaux-Arts de Bienne organise une exposition de dessins et de gravures de tous les sculpteurs participants. Il sera certainement très intéressant et riche d'enseignement de pouvoir suivre comment chaque artiste traduit ses problèmes spatiaux à deux dimensions. Nous souhaitons que cette exposition permette une plus grande compréhension de la sculpture et des sculpteurs.

A côté de sa valeur informative cette exposition a bien sûr également une valeur intrinsèque en tant qu'exposition autonome, car plusieurs sculpteurs sont des dessinateurs ou graveurs de grand talent.

L'information et la documentation sur le thème de «l'Art dans l'espace public», commencées en 1975, sont poursuivies cette année. Quelques exemples choisis illustreront à nouveau ce thème important dans lequel l'architecture et la sculpture tendent de créer ensemble des environnements nouveaux.

Les œuvres créées pour le nouveau Gymnase de Bienne ainsi que tous les projets du concours suisse qui fut organisé récemment pourront être vues dans le cadre de l'exposition. De même les travaux des artistes pour l'école professionnelle de Bienne, présentés en projet en 1975, sont en passe d'être terminés et pourront être vus dans leur nouveau cadre. Enfin les œuvres créées en 1975 pour les écoles normales de Bienne sont aujourd'hui terminées et ont trouvé un équilibre dans leur cadre de verdure.

Un groupe d'artistes va travailler pendant l'exposition dans des ateliers de plein air ou exécuter des performances diverses. Nous tentons ainsi de créer un contact plus étroit entre les artistes et le public.

L'exposition a porté son poids géographique principal sur les nouvelles rives gagnées dernièrement sur le lac ainsi que sur ses accès. Ainsi sera touché un public plus large, qui n'irait peut-être pas de lui même voir une telle exposition par peur «d'entrer» ou simplement par méconnaissance de l'art, par peur de l'inhabituel. Ces «visiteurs involontaires» vont être aidés dans leurs problèmes par une petite exposition, qui, comme une «école de l'œil», tentera de faire comprendre les principes les plus simples de la création spatiale et permettra ainsi à beaucoup une approche plus facile de la sculpture.

Beaucoup plus intensément que lors des dernières expositions, nous tentons cette année de prendre en compte le public biennois, la population biennoise. Déjà pendant tout l'hiver, des classes d'école de la ville de Bienne préparent des projets, des travaux sur le thème «la ville que nous habitons». Nous tentons par cette action de sensibiliser les élèves et leurs proches aux problèmes de l'environnement construit, d'éveiller la créativité de chacun d'eux, et d'aider ainsi à une vision vivante de la ville, dans laquelle l'art peut et doit jouer un rôle de premier plan.

Lors de la dernière exposition de 1975, deux projets purent être réalisés, qui tendaient à améliorer l'habitabilité de la ville de Bienne (chemin piétonnier au Pont-du-Moulin, vieille ville sans voitures et sans places de parc). Cette année également nous avons tenté de réaliser avec l'aide d'artistes quelques changements pour prouver que les idées et les travaux artistiques peuvent avoir une influence sur la qualité de la vie proprement dite. Nos espoirs ont été malheureusement déçus, qui tendaient à transformer avec peu de moyens les jardins sud de la Fondation Neuhaus en un parc public (projet du jardinier de la ville, M. Kiener). Notre proposition d'ouvrir un concours pour l'aménagement de la place de la Gare de Bienne - une des places les mieux conservées en son genre de Suisse - fut accueillie avec intérêt, mais repoussée à un avenir indéterminé...

Nous tenons à dire ici notre reconnaissance à la fondation Neuhaus et au Lyceum-Club pour avoir mis généreusement à notre disposition certains locaux du rez-de-chaussée de leurs bâtiments, à la Direction de l'ETS pour nous avoir permis d'utiliser les bâtiments et les jardins du Rockhall 2, à la ville de Bienne pour nous avoir permis d'exposer dans la villa Th. Mäder ainsi que dans le bâtiment sportif du nouveau gymnase et ce l'école professionelle.

Une manifestation comme l'ESS 80 ne peut être organisée sans un soutien actif des pouvoirs publics, des institutions de droit public et de personnes privées. Nous tenons ici à remercier tous ceux qui nous ont aidés dans notre travail, qui nous ont soutenus ou ont collaboré avec nous.
 
Il ne faut pas oublier enfin que cette exposition n'est possible que grâce aux artistes, qui, par un engagement personnel complet dans leur art et dans leur travail, permettent cette manifestation. A eux donc notre reconnaissance.

Alain Tschumi / Maurice Ziegler, Direction artistique ESS.